Électricité : le réseau craque sous la pression

Les coupures reprennent de plus belle sur le Réseau Interconnecté d’Antananarivo (RIA). Mais contrairement aux idées reçues, la JIRAMA assure qu’il ne s’agit pas de délestage, mais d’un déséquilibre puissance-tension nécessitant un recours temporaire aux centrales thermiques.

Le réseau interconnecté d’Antananarivo (RIA) n’arrive pas à absorber toute la production d’électricité actuelle. Les coupures récurrentes seraient en fait dues à une insuffisance de la tension électrique qui y circule.

« Dégâts matériels », « déclenchement d’un disjoncteur », « déclenchement d’un départ », « déclenchement d’une ligne électrique » ou carrément « déclenchement d’une sous-station » … Ce sont autant de raisons évoquées par la compagnie malgache d’eau et d’électricité, Jirama, pour justifier les pannes quotidiennes sur le réseau. En effet, depuis quelques mois maintenant, les coupures électriques sur le réseau interconnecté d’Antananarivo (RIA) se succèdent. Le RIA constitue pourtant le plus large réseau électrique de la Grande île, couvrant Antananarivo et les régions environnantes, allant, selon le Coordonnateur de la Production au niveau de la Jirama, Manda Ny Aina, « jusqu’à Faratsiho et Moramanga ». Cette situation entraîne énormément de grogne du côté des usagers. Pourtant, d’après les explications de ce cadre, « on ne parle actuellement pas de délestage mais plutôt de pannes purement techniques ». En ce sens qu’en voulant économiser, la Jirama profite de cette période d’abondance d’eau pour tourner « à 92% » à l’hydroélectrique. Ce qui, selon Manda Ny Aina « implique plusieurs contraintes dont principalement celle relative à l’équilibrage puissance-tension ». Les différents « déclenchements » évoqués par la compagnie font alors référence à des coupures automatiques des lignes électriques, des équipements tels que les disjoncteurs ou même des sous-stations. Des coupures qui visent notamment à préserver le système contre une surcharge, un court-circuit ou une panne.

La tension s’effondre

Pour le cas du RIA en particulier, ces déclenchements sont surtout dus à des déséquilibres de tension. Ce qui entraîne une grande instabilité du réseau. « La Jirama essaie d’économiser sur le fuel en se basant sur la production hydroélectrique. Notre objectif est de pratiquement laisser de côté l’usage des groupes thermiques. Toutefois, nous sommes actuellement dans l’obligation d’y recourir pour stabiliser la tension sur le réseau » soutient le Coordonnateur de production. Le fait de tourner presque entièrement à l’hydroélectrique génère en effet une grande puissance que le réseau n’arrive pas à absorber. Ce qui induit une chute régulière de tension. Cette dernière devrait pourtant, dans l’idéal, se situer entre « 60 et 63 kV (kilovolt) ». Cependant, aujourd’hui, l’on en est qu’à « 56 à 58 kV ». « En-dessous de ce seuil des 56 kV, c’est-à-dire que même à 55,9 kV, il y aura un déclenchement général » informe Manda Ny Aina. En d’autres termes, comme les centrales hydroélectriques produisent une puissance trop élevée que le réseau ne peut pas absorber, les tensions chutent. Les lignes qui se retrouvent surchargées peuvent alors se déclencher. Le déclenchement général équivaudrait alors à une coupure en chaîne voire à un blackout.

Une solution capacitive…

« Pour remédier à ce problème, nous travaillons avec la Banque mondiale en vue d’acquérir ce qu’on appelle un capacitif » annonce le Coordonnateur de production. Il s’agirait d’un dispositif à mettre en place au niveau de la station d’Ambohimanambola et des différentes sous-stations composant le réseau, et qui aurait pour fonction principale de « stabiliser le réseau ». Notre interlocuteur soutient alors que ce dispositif devrait permettre à la Jirama « d’augmenter la tension jusqu’au niveau indispensable pour le réseau ». Cependant, cela ne pourrait se faire avant 2026, notamment en raison de toutes les démarches techniques et administratives que cela requiert. Ce capacitif devrait pouvoir absorber une puissance réactive allant jusqu’à 40 MVAR (méga voltampère réactif). Ce qui serait largement suffisant pour stabiliser la tension sur le réseau.

Le capacitif est une solution certes déjà en cours, mais qui ne pourrait être effectif avant l’année prochaine. En attendant donc, les usagers n’auront-ils d’autres choix que de s’adapter ?

Karina Zarazafy

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