4 tonnes de réserve d’or à constituer pour la Banque Centrale de Madagascar

L’or, une valeur refuge par excellence. Sur les marchés internationaux, le kilo du métal précieux vaut dans les 86 000 euros. La Grande île et ses réserves incomparables veulent entrer dans la cour des grands.

© Présidence de la République de Madagascar

Ce vieux fantasme pour les citoyens revient sans cesse dans les discussions : « Pourquoi ne pas exploiter l’or dont regorge le sous-sol malgache pour financer le développement du pays? ». Depuis les temps immémoriaux, la Grande île a toujours exploité ses réserves d’or. Durant la royauté, les « mines royales » servaient à alimenter les caisses du royaume et souvent les caisses personnelles des souverains.

Bataille diplomatique

Chaque jour à Londres, la London Bullion Market Association, relayé par la Banque de France, fixe le cours de l’or selon l’offre et la demande, la politique économique des banques centrales et les diverses crises géopolitiques et économiques. Le métal jaune continue d’offrir une bonne diversification du risque, tout en atteignant des performances intéressantes. Ainsi, il est tentant pour les trafiquants de faire main basse sur cette ressource précieuse qui s’altère peu en valeur dans le temps. Après des décennies de gabegie, l’or profitait toujours aux trafiquants de tout poil, l’administration veut reprendre la main. En 2018, seules 3 tonnes d’or avaient été déclarées en douane pour 15 tonnes sorties illégalement de l’île. Pour tenter d’endiguer le trafic, l’exportation d’or avait été interdite, depuis septembre 2020, dans réel impact.

Le 7 mars dernier, la douane malgache a saisi, à l’aéroport international d’Ivato, 1,595 kg de poudre d’or, emballée sous forme de boulettes et cachée dans le corps d’un passager. Ce dernier, de nationalité indienne, devait se rendre à Dubaï. Régulièrement, de l’or venant de malgache est saisi dans d’autres pays. L’une des affaires les plus retentissantes est la découverte de 28 lingots d’or, saisis à l’aéroport international Prince Said Ibrahim, Union des Comores, en décembre 2021. Après une longue bataille diplomatique, les procédures judiciaires et échanges diplomatiques engagés entre les deux pays ont permis aux deux administrations, comorienne et malgache, d’un commun accord, de procéder au rapatriement de ces lingots à Madagascar.

« Ce rapatriement témoigne de la solidité des relations de bon voisinage et de coopération qui existent entre la République de Madagascar et L’Union des Comores, et leur volonté commune de lutter contre les différents trafics illégaux entre les deux pays frères », avaient souligné conjointement le ministère des affaires étrangères comorien et malgache, dans un communiqué.

Réserve nationale d’or

Depuis le début de son mandat, Andry Rajoelina a toujours voulu s’appuyer sur ce métal précieux afin d’en faire un pivot économique et surtout pour soutenir la monnaie nationale. Lors de la célébration du cinquantenaire de la Banque centrale, en juin 2023, il avait appuyé sa volonté pour Madagascar de diversifier ses réserves de devises en avançant dans la procédure de formalisation de la réserve nationale d’or. Comme l’Algérie, l’Afrique du Sud ou l’île Maurice, l’administration avait annoncé avoir franchi le pas « dans la sécurisation de ses richesses naturelles à travers la normalisation LBMA de ses réserves en or, qui garantit les bonnes pratiques en matière de fabrication, d’éthique et de qualité de l’or. C’est ainsi que la première tonne d’or transformée en doré a été constituée ».

Renforcer les réserves

« Madagascar entre dans une nouvelle ère et se projette au niveau international. Sur le long terme, la vision de l’État Malagasy consiste à redonner ses lettres de noblesse à la monnaie Malagasy et surtout d’assurer une stabilité monétaire aux générations futures grâce aux richesses naturelles qui doivent impacter directement la population », a soutenu le Président de la République. L’État Malagasy envisage de produire jusqu’à 4 tonnes d’or par an à partir de pièces d’or monétaire mais aussi de lingots d’or dans l’objectif de renforcer les réserves de devises nationales.

Après des mois d’atermoiement, l’administration a relancé la machine. Durant le conseil de ministre du 20 mars dernier, le ministère des Mines et des Ressources Stratégiques (MMRS) avait expliqué vouloir lancer un appel à manifestation d’Intérêt pour « l’exportation formelle de 4 tonnes d’or et la constitution de 4 tonnes de réserve d’or pour la BFM ». Ainsi, l’administration va procéder à la sélection d’opérateurs s’engageant à mettre en place des structures d’achat aux sites d’extraction. Ils devraient respecter un engagement mensuel inscrit dans un cahier des charges. Octroyer des agréments uniquement aux opérateurs respectant ces engagements.

Une stratégie a été adoptée. Elle repose notamment sur la mise en place de structures de collecte dans 4 districts aurifères (Mananjary, Maevatanana, Ambilobe et Miandrivazo), « incluant des petites fonderies et laboratoires d’analyse de pureté de l’or », souligne le MMRS. Il s’agit aussi de s’assurer la traçabilité de l’or collecté qui sera enregistré et transporté à Antananarivo sous la supervision de la BFM. Chaque comptoir pourra choisir entre vendre son or à la BFM ou l’exporter. La chaine devrait être sécurisée avec l’appui des forces de l’ordre et la supervision du Ministère des Mines pour l’octroi des autorisations.

Raoto Andriamanambe

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